Histoire de la marque, réflexions autour du plan de ville, cartographie et urbanisme poétique.
06/10/2026
Marseille : 886 040 habitants · 241 km² · 16 arrondissements · 111 quartiers.
Quelques chiffres suffisent déjà à donner la mesure d’un territoire vaste, multiple, difficile à contenir dans une seule représentation.
Marseille est au cœur de mon travail de cartographie artistique. J’y vis et j’y travaille, mais surtout, je ne cesse d’y trouver de nouvelles façons de représenter un même territoire.
Car dessiner Marseille pose rapidement une question : de quelle Marseille parle-t-on ?
De ses 111 quartiers ? De son littoral ? De ses reliefs ? De son centre dense ? De ses limites administratives ? D’un quartier, d’une rue, d’un bâtiment ?
Selon le point de vue choisi, la ville change de forme.
Marseille est une ville très étendue, fragmentée, où les espaces urbanisés côtoient la mer, les collines et les massifs.
Sur une carte, cette géographie produit immédiatement des contrastes : des zones très denses, d’autres presque vides ; des tracés serrés dans le centre et de grands espaces naturels à mesure que l’on s’en éloigne.
Tout montrer serait possible. Mais ce n’est pas ce que je recherche.
Mon travail commence justement lorsque je choisis ce qui restera visible et ce qui disparaîtra. J’utilise des données cartographiques réelles, puis je sélectionne, simplifie et hiérarchise les informations en fonction de ce que je souhaite raconter du territoire.
La carte cesse alors d’être seulement un outil de localisation pour devenir une interprétation.

Avec Marseille 111, le point de départ est la division officielle de la ville en 111 quartiers.
Ce découpage fait apparaître une autre géographie de Marseille. Les quartiers s’imbriquent, changent de taille et dessinent progressivement une mosaïque.
Ici, ce ne sont plus les rues qui structurent principalement la lecture de la ville, mais ses limites intérieures.
Le tracé reste précis, mais la couleur vient déplacer le regard. À l’aquarelle, les quartiers deviennent des surfaces, des rythmes et des voisinages. La carte conserve sa réalité géographique tout en s’éloignant de la représentation cartographique traditionnelle.

Calanques Marseille–Cassis — œuvre présentée dans l’exposition Territoires familiers, La Corvette, Marseille.
Lorsque je travaille sur les Calanques entre Marseille et Cassis, le rapport au territoire est différent.
Ce qui m’intéresse alors est la succession des reliefs, le dessin de la côte et cette géographie très particulière dans laquelle la ville laisse progressivement place au massif.
La représentation devient plus épurée. Il ne s’agit plus de faire apparaître une organisation urbaine, mais de suivre une forme.
La mer elle-même peut ne pas être représentée : le vide suffit à la faire exister. La limite entre la terre et cet espace laissé libre devient alors l’un des éléments essentiels de la composition.

Toit de la Cité Radieuse — œuvre présentée dans l’exposition Les Uns et les Autres, Cité Radieuse, Marseille
Marseille peut aussi se raconter à travers un fragment beaucoup plus précis.
Avec une œuvre consacrée au toit de la Cité Radieuse, je quitte l’échelle de la ville pour celle d’un bâtiment et d’un point de vue.
Le territoire n’est plus représenté dans son ensemble. Il apparaît à travers un lieu, une architecture, une ligne d’horizon.
Ce changement d’échelle m’intéresse parce qu’il pose finalement la même question que mes cartes : de combien d’informations avons-nous besoin pour reconnaître un lieu ?
Ces différentes représentations partent toutes d’un territoire existant. Pourtant, aucune ne cherche à en proposer une vision exhaustive.
C’est précisément cet écart qui m’intéresse.
La cartographie apporte la structure, les limites et les repères. L’aquarelle introduit une autre temporalité : celle de l’eau, des transparences, des superpositions et parfois de l’imprévu.
Entre les deux, je cherche un équilibre.
Représenter Marseille ne consiste donc pas pour moi à produire une image définitive de la ville. C’est choisir, chaque fois, un angle différent pour la regarder.
Et peut-être est-ce aussi ce qui rend ce territoire inépuisable : Marseille ne se laisse jamais réduire à une seule carte.
Mathilde Bonbon développe ce travail de cartographie artistique au sein de Quartalo, son atelier basé à Marseille.
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